Où sommes-nous avec la prohibition des drogues ?

Les drogues existent depuis la nuit des temps. Ce sont des plantes, contenant des substances actives (alcaloïde, toxine), qui sont à l’origine de ces drogues. La distribution “mondiale » de ces plantes, ainsi que leur dissémination géographique, ont influencé la façon dont elles ont été utilisées par les hommes qui y ont été confronté dans leurs terres natales ou au cours des migrations. Ces dernières ont largement contribué à la dispersion de nombreuses plantes ainsi qu’à l’élargissement et la modification de leurs applications. Par conséquent, même les endroits où il y avait le moins de plantes psychoactives, ont connu très tôt la disponibilité d’un large éventail de drogues. Ce mécanisme d’échange a connu une accélération au XIXe siècle avec les progrès de la pharmacologie et de la médecine allopathique ce qui a poussé Les États dominants à s’accorder sur la création et la mise en œuvre d’un régime international de contrôle des drogues différenciant médicaments et stupéfiants. Ces mécanismes de réglementation font appel au partage, à la production, au commerce et à la consommation des médicaments considérés comme des drogues “licites” ; et interdiction de l’utilisation d’autres, appelées “illicites”.

Au fil des années 1890, apparaissent les premières prohibitions avec l’élaboration des règles du commerce international et la drogue devient très vite un enjeu politique. Le monde a connu deux grandes périodes des politiques de prohibition : la première s’étend du début du XXe siècle à la fin de la deuxième guerre mondiale et la deuxième période qui commence après la fin de la deuxième guerre mondiale et qui va jusqu’à nos jours. 

La première période, se caractérise par un marché légal de drogues encadré du fait de la consommation courante des opiacés. Les premiers efforts internationaux pour mettre en place cette politique se traduisent par la Conférence de Shanghai qui pose les bases en 1909 du contrôle du commerce et de l’emploi de l’opium, la Conférence de La Haye (1911-1912), qui encadre la production et la circulation de l’opium, de la morphine et de la cocaïne pour les usages médicaux, l’Harrison act  voté par les États Unies en 1914 qui interdit au niveau fédéral les usages non médicaux des opiacés et de la cocaïne, et enfin la Convention de Genève de 1925 qui instaure des mesures de contrôle de la production, de vente et de distribution des dérivés de l’opium.

En 1931, des quotas de production sont instaurés par pays. L’Europe et les États Unis sont les principaux marchés d’utilisation des drogues. Les principaux producteurs de ces drogues sont les pays d’Europe eux-mêmes jusqu’à la deuxième guerre mondiale. La logique est donc celle de l’encadrement plutôt que de l’interdiction, du fait que les productions coloniales bénéficient financièrement aux métropoles européennes. La caractéristique principale de ce marché est la prohibition qui, en l’absence de répression, a permis l’émergence d’un réseau international de trafic de drogue faisant de Marseille la plaque tournante internationale (60 à 70% de la cocaïne consommée par les États Unies viendrait de Marseille).  La question des drogues illicites dans le monde commence dès lors  à être traitée avec prudence.

La deuxième période (après la deuxième guerre mondiale) a connu une mise en place de réglementations internationales prohibitives pour éradiquer le commerce des drogues illicites.  En 1946, l’Organe International de Contrôle sur les Stupéfiants (OICS), principal gendarme international contre les drogues illicites, est fondé sous pression des États Unies. En 1961, a eu lieu la convention unique sur les stupéfiants qui unifie l’ensemble des règlements internationaux antérieurs et fusionne les organes de contrôle. Puis en 1990, le programme des Nations Unies sur le contrôle international des drogues (PNUCID) voit le jour. Les années 1997 et 1998 sont respectivement rythmées par la création d’un office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC) et celle du programme d’éradication des drogues pour éliminer la production de cocaïne, de cannabis et de pavot. Pourtant, en 2008, l’Assemblée Générale des Nations Unies constate que la production de ces plantes a augmenté. 

Le débat actuel porte sur les échecs de la politique anti-drogue au cours du vingtième siècle : la consommation augmente dans le monde entier, les secteurs de production se sont diversifiés, la disponibilité des produits illégaux sur le marché mondial s’est accrue, tant en termes de prix que de qualité et les approches précédentes ont échoué lamentablement. Selon de nombreux observateurs, la prohibition est à blâmer car elle permet des gains énormes, qui alimentent l’industrie de la drogue parce qu’elle est “illégale et risquée.” Cependant, l’échec des politiques anti-drogues est également imputable à l’accent mis sur la réduction de l’offre plutôt que de la consommation. 

Enfin, l’échec des politiques anti-drogue remonte au début des années 1970, lorsque la réduction de l’offre a été envisagée et mise en œuvre pour la première fois. La guerre de la drogue a surtout porté sur la suppression de la paysannerie, qui a été criminalisée par la prohibition internationale. L’éradication forcée des cultures illégales de cannabis, de cocaïne et de pavot à opium a permis d’obtenir des financements incomparables à ceux alloués aux stratégies de développement économique. 

L’échec de la prohibition et des politiques et actions antidrogue est difficilement reconnu par les principaux acteurs de la guerre contre la drogue. En effet ces derniers ainsi que les échecs de la guerre contre la drogue se répètent depuis des décennies parce qu’ils ne sont soumis à aucune réévaluation de leurs fondements ou de l’idéologie sous-jacente. Ainsi ils semblent se cantonner à des renforcements de tactiques et stratégies qui se sont montrées plutôt vaines par le passé.

La lutte contre la drogue s’annonce de plus en plus difficile pour les Etats. D’une part, parce que le trafic en lui-même se diversifie et complexifie et d’autre part parce que les répressions ont un coût toujours plus prononcé sans forcément s’accompagner de résultats. En France par exemple, la consommation augmente sensiblement, bien que le pays ait l’une des législations les plus restrictives de l’Europe. La réponse purement militaire appert comme insuffisante et c’est la raison pour laquelle plusieurs États ont adopté d’autres politiques expérimentales qui pourraient être plus effective dans cette lutte infinie à l’instar de la politique de légalisation totale (sans aucune restriction), exemple Evo Morales en Bolivi, celle de la responsabilisation et dépénalisation avec usage encadré comme au  Portugal, au Pays Bas, en Birmanie et au Laos ou encore les politiques de pédagogies Birmanie et Laos.

En 2019, on dénombre une trentaine de pays dans le monde (dont de nombreux États américains, le Canada, 21 pays membre de l’Union européenne ainsi que la Suisse, la Norvège, Israël et la Turquie) autorisent déjà le cannabis thérapeutique.

La France ou le plus gros consommateur de cannabis au sein de l’Union européenne, a accepté en janvier 2019, de mener une étude sur l’usage thérapeutique du cannabis en France réalisée par l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM). Suite à laquelle, il a été décidé de limiter son usage aux “douleurs réfractaires” et aux médicaments actuellement disponibles, comme ceux destinés aux patients atteints de cancer, de sida ou de sclérose en plaques. Pourtant, L’ANSM reste ouverte à la perspective d’établir un réseau français de culture de cannabis thérapeutique depuis mars 2021, en prévision d’une éventuelle généralisation. Légaliser ou contrôler ? C’est peut-être à mi-chemin que se trouve la réponse à cette lutte quasi-addictive…


Sources:

https://www.cairn.info/revue-herodote-2004-1-page-7.htm?contenu=article

https://www.cairn.info/revue-apres-demain-2017-4-page-38.htm

https://www.cairn.info/revue-apres-demain-2017-4-page-44.htmhttps://laviedesidees.fr/La-guerre-contre-la-drogue-bilan-d-un-echec.html

https://laviedesidees.fr/La-guerre-contre-la-drogue-bilan-d-un-echec.html


About the author:

Souad Elkhaili is a 20 years old Moroccan student. She is currently pursuing a bachelor’s degree in International Relations at Mohamed VI Polytechnic University, and spending her exchange semester at Science Po Aix in France. She has a vast interest in geopolitics and law. Souad is extremely motivated and devoted to constantly develop her skills and to grow professionally in order to become a Moroccan diplomat whose goal is to be a part of a multinational organization willing to help women around the world, specifically in miner regions, and make their voice heard.

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