Book Review #8

French

La femme aux pieds nus – Scholastique Mukasonga

« Quand je mourrai, quand vous me verrez morte, il faudra recouvrir mon corps. Personne ne doit voir mon corps, il ne faut pas laisser voir le corps d’une mère. C’est vous mes filles qui devez le recouvrir, c’est à vous seules que cela revient. Personne ne doit voir le cadavre d’une mère, sinon cela vous poursuivra… vous hantera jusqu’à votre propre mort, où il vous faudra aussi quelqu’un pour recouvrir votre corps. »

Scholastique Mukasonga n’a pas réussi à exaucer le vœu de sa mère, elle n’était pas là lorsque les assassins ont démembré à coups de machettes le corps de celle-ci. A travers « La femme aux pieds nus » qui n’est autre que Stefania, sa mère, l’autrice entreprend le tissage de ce linceul qu’elle n’a pu lui offrir, maintenant qu’il ne lui reste plus que les mots et ses souvenirs.

Ce roman autobiographique nous plonge dans le Rwanda des années 1990, plus précisément dans un camp de Tutsi, ces rwandais.e.s exilé.e.s dans leur propre pays aux frontières du Burundi, et dont les origines et l’Histoire nourrissent les contes et l’imaginaire des enfants Tutsi. Mukasonga S. revient sur son enfance et honore la mémoire des siens en retraçant leurs us et coutumes et leur « évolution » après l’arrivée des Blancs et de la religion chrétienne. C’est un récit raconté par une femme autour des femmes, ou plus précisément des mères et leur courage qui a bâti le pays que l’on connaît aujourd’hui. Le Rwanda est classé au top du classement mondial sur les questions du genre et de l’égalité entre les hommes et les femmes. 

Dans ce livre on en apprendra plus sur l’éducation des enfants et les changements apportés par la nouvelle école chrétienne, le scepticisme des adultes puis leur acceptation de la plupart de ceux-ci. Souvent ils et elles n’avaient pas le choix, dépouillé.e.s de leurs biens et afin de sortir de cette misère imposée, il faut accepter d’« évoluer » c’est-à-dire de devenir un peu plus blanc.he. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, le récit n’est ni triste ni dramatique, on a même droit à plusieurs situations cocasses et drôles comme la rencontre des Tutsi avec les culottes et les vêtements d’intérieur pour la première fois et qui étaient obligatoires à l’école. Cet étonnement on y a aussi droit avec l’arrivée de la nouvelle médecine, des bars et autres institutions coloniales.

C’était très intéressant de découvrir les normes de beauté rwandaise, et c’est toujours fascinant d’en apprendre plus sur les relations fusionnelles de nos ancêtres avec la terre, la lune et les signes envoyés par la nature pour nous annoncer un avenir florissant ou au contraire nous prévenir d’inquiétants présages. 

« La femme aux pieds nus » est un récit du quotidien de ce camp de Tutsi, avec leurs bonheurs et malheurs… au seuil du génocide de 1994.


English

The Barefoot Woman – Scholastique Mukasonga

“When I die, when you see me dead, my body will have to be covered. No one should see my body, no one should show a mother’s body. You my daughters will have to cover it up, it’s up to you alone. No one should see a mother’s corpse, otherwise it will haunt you … haunt you until your own death, where you will also need someone to cover your body. “

Scholastique Mukasonga failed to grant her mother’s wish, she was not there when the assassins dismembered her mother’s body with machetes. Through “The barefoot woman” who is none other than Stefania, her mother, the author undertakes the weaving of the shroud she could not offer her, now that she only has words left and her memories.

This autobiographical novel takes us at the heart of 1990s Rwanda, more precisely in a Tutsi camp, these Rwandans exiled in their own country on the borders of Burundi, and whose origins and history nourish the tales and imagination of Tutsi children. Mukasonga S. looks back at her childhood and honors the memory of her family by retracing their habits, customs and their “evolution” after the arrival of the Whites and the Christian religion. It is a story told by a woman around women, or more precisely mothers and their courage, which built the country we know today. Rwanda is ranked at the top of the world rankings on gender and equality issues.

In this book we learn more about the education of children and the changes brought about by the new Christian school, the skepticism of adults and their acceptance of most of them. Often they did not have a choice, stripped of their possessions and in order to get out of this imposed misery, they had to accept to “evolve”, that is to say to become a little whiter. Contrary to what one might imagine, the story is neither sad nor dramatic, we even have the right to several comical and funny situations such as the meeting of the Tutsi with panties and indoor clothes for the first time, because they were compulsory at school. This feeling of bewilderment and surprise continued with the arrival of new medicine, bars and other colonial institutions.

It was very interesting to discover Rwandan standards of beauty, and it is always fascinating to learn more about the fusional relationships of our ancestors with the land, the moon and the signs sent by nature to announce us a flourishing future, or on the , to warn us of worrying omens.

“The barefoot woman” is a story of the daily life of this Tutsi camp, with their joys and misfortunes … during the commencement of the 1994 genocide.

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