Book Review #4

French

Les Blancs, les Juifs et Nous: Vers une politique de l’amour révolutionnaire – Houria Bouteldja

          La première fois que j’ai lu ce titre, sans trop comprendre pourquoi il m’avait parlé. Je n’ai pas réfléchi, je l’ai téléchargé et profité de la générosité de La fabrique éditions qui l’offraient gratuitement durant le confinement, c’est ainsi que je me suis retrouvée embarquée dans une nouvelle expérience de lecture.

         J’en ai lu des essais sur le féminisme, le genre et quelques-uns sur la décolonisation ou encore la domination blanche, mais aucun encore qui ressemble à celui-ci. Ici, le discours est différent qu’il s’agisse des propos, du ton ou de la forme. J’en ai lu des auteur.e.s en colère mais Houria Bouteldja, je m’en rends compte en écrivant ces lignes, m’a limite effrayée… elle a osé ! Elle a osé réclamer et affirmer haut et fort des propos que l’on a l’habitude d’entendre dans nos salons, nos cafés, des discussions que nous pourrions avoir avec nos parents dans le Sud mais que nous n’avons encore jamais entendues à la télé et qu’on ne pense jamais à partager avec nos ami.e.s blanc.he.s, conscient.e.s qu’ils / elles ne comprendront pas et nous regarderaient probablement avec horreur, nous accusant d’être antisémites, non éduqué.e.s, sauvages… d’être des indigènes. Parce que notre version de l’Histoire n’est pas la version officielle, elle n’intéresse personne mis à part nous, et notre « nous » n’est pas le sujet, il ne l’a jamais été, « nous » suivons les débats des « autres » et intégrons les idées du Nord, et on a depuis longtemps compris qu’on devait garder nos idées pour nous-mêmes. Or Houria Bouteldja dans cet essai inverse la donne, ce sont les indigènes maintenant qui racontent l’Histoire et la majorité blanche est invitée à se taire et écouter, ce texte est un véritable plaidoyer, un procès aux blanc.he.s, un enchaînement d’accusations envers les blanc.he.s mais aussi les indigènes blanchi.e.s. L’autrice trace sa route et bouscule tout le monde sur son passage, personnellement j’ai été prise de court et la suivre n’a pas été une tâche facile, j’aurai aimé qu’elle fasse quelques haltes ici et là, que je puisse reprendre mon souffle et réfléchir un peu plus aux « vérités » qu’elle nous balance à la figure, mais ce n’était pas prévu dans les plans de Bouteldja et je devais me débrouiller pour comprendre son raisonnement toute seule, sur notre chemin. A la fin de ma lecture, j’ai eu l’impression d’avoir été piégée au milieu d’une mer agitée. 

         Houria Bouteldja est une militante politique algérienne et française, elle est la porte-parole du parti antiraciste des Indigènes de la République. Elle est aussi accusée d’être antisémite, homophobe, sexiste, communautariste et raciste. (Source : Wikipédia)

          En tant que maghrébine de culture musulmane, il est vrai que les « autres » pour nous ce sont les blanc.he.s, même si nous ne les appelons pas comme ça, chez nous ce sont Nsara (les chrétien.ne.s), et les juifs. Donc le « nous » dans le titre de son livre, c’était bien ma communauté à moi.

        Dans la première partie du livre, l’autrice fait un procès à Sartre, puis s’adresse aux Blancs et aux Juifs. Jean Genet, Aimé Césaire, James Baldwin, Audre Lorde, Malcolm X font partie des héros de ce livre très riche en références et le mix entre l’histoire personnelle de Houria Bouteldja, ses croyances et son parcours académique et intellectuel a été particulièrement fascinant pour moi. Ici, elle nous raconte l’Histoire du point de vue des indigènes qu’elle représente, elle nous parle de son cousin qui ne sait pas qui est Hitler, parce que la shoah ou Auschwitz ne font pas partie des évènements majeurs de son Histoire à lui, et que notre relation aux juifs est différente, nous arabes, berbères, musulmans. En effet le nazisme est un crime que vous êtes seul.e.s à porter, Houria Bouteldja rappelle à sa communauté et aux juifs le lien historique solide et très étroit qui existe entre les arabes et les juifs, avant l’invention du sionisme qui sera un piège pour tou.te.s, les juifs en premier.

        Ma partie préférée est celle où elle parle des blanc.he.s et de leur peur des indigènes puis du système de défense créé pour camoufler les cadavres qu’ils / elles ont parsemé autour d’eux, sans doute parce que depuis que j’ai pris conscience de cette vérité, d’abord dans « L’Orientalisme : l’Orient créé par l’Occident » du grand Edward Saïd, elle m’a toujours fascinée et je ne l’ai jamais oubliée. Ces anticorps s’appellent humanisme, éthique, et d’autres jolies valeurs et prises de position comme le soutien de Martin Luther King, comme si ce n’était pas ces mêmes personnes qui ont soumis tout un peuple à l’esclavage la veille.

        Elle expose ses pensées sur le mécanisme de création des Blancs et dans la seconde partie du livre, elle aborde la question du féminisme, est-il consommable pour les indigènes ? A quelles conditions ? Quel est le lien entre la virilité des hommes musulmans et la domination blanche ? Faut-il excuser les violences des hommes envers les femmes selon le contexte ? Défendre la race passe-t-il avant l’égalité hommes femmes ? Elle nous parle des couples mixtes et de notre honte par rapport à notre culture devant les blanc.he.s.

        Houria Bouteldja a écrit ce livre pour s’adresser à ses sœurs et frères indigènes, mais aussi à ses sœurs et frères juifs, juives et blanc.he.s. Elle redresse la tête des siens et invite les français.e.s notamment à voir en les immigré.e.s plus qu’une valeur économique pour la République, elle souligne la richesse culturelle et spirituelle des indigènes qui pourrait faire partie de la réponse aux maux de notre époque et système capitaliste. Renouer les liens avec la Nature, le spirituel et fuir le « Je » qui tue, aveugle et abrutit. Elle a choisi l’optimisme et espère voir se constituer une majorité qui prône les valeurs décoloniales parce que la coupe est pleine, que sans justice il n’y aura pas de paix, et nous devons choisir, être uni.e.s dans la paix ou dans la souffrance.

       Pour conclure et revenir aux controverses suscitées par l’autrice, elles ne sont pas difficiles à comprendre et n’étonnent personne. Moi-même je n’ai pas adhéré à tout son discours et je sais ne pas être la seule même parmi les personnes qui ont adoré ce livre. Son soutien à Tariq Ramadan accusé de viols par exemple me donne envie de vomir, mais je sais aussi qu’il ne fait aucun doute que sa version de l’Histoire est légitime, elle doit être entendue et qu’il y a des enseignements à en tirer pour les différentes parties.

 


 

English 

Whites, Jews, and Us – Houria Bouteldja

           The first time I read this title, without really understanding, it resonated with me. I didn’t think about it, I downloaded it as I benefited from the generosity of the editions “La Fabrique” which provided the book for free during the lockdown. This is how I found myself embarked on new reading experience.

       I read many essays on feminism, gender, some on decolonization, and white supremacy, yet none of them resembles this one. In this essay, the discourse is not only different in its claims but also in its tone and structure. I read many angry authors but Houria Bouteldia, I realize as I am writing, has almost frightened me…she dared! She dared to loudly assert the talks we usually hear in our living rooms, cafes, conversations we could be having with our parents in the South but that we have never yet heard on TV or shared with our white friends. We are aware that they wouldn’t understand us and would look at us with a look of horror, accusing us of being antisemitic, non-educated, savage…of being indigenous.

          Our version of history is not the official one, no one is interested in it except us, and we are not the subject, we have never been, “we” follow the debates of “others” and keep the ideas of the North: we have long understood that we should keep our ideas for ourselves. Yet Houria Bouteldja changes this in the essay, the natives are the ones telling History, and the white majority is invited to short up and listen. This essay is real advocacy, a white trial, a sequence of accusations of both whites and indigenous whites. The author marks her path and jostles everyone on her way. Personally, I was taken aback, and following her was not easy. I wish she had taken a few stops here and there so that I can catch my breath and reflect more on the “truths” that she throws at our face. However, this was not part of Bouteldja’s plan, and I had to get by on my own to understand her reasoning, on our way. As I was almost done with the essay, I had the impression of being trapped in the middle of a restless sea.

          Houria Bouteldja is an Algerian-French political activist, she is the spokesperson of the antiracist party of the republic’s indigenous. She is also accused of being antisemitic, homophobic, sexist, communitarianist, and racist. (Source: Wikipédia)

         As a Maghrebian of Muslim culture, it is true that the “others” for us are the whites, even though we don’t call them like that but rather Nsara (The Christians), and the Jews. Ultimately, the “we” in the title of her book refers to my own community.

          In the first part of the book, the author sues Sartre, then addresses Whites and Jews. Jean Genet, Aimé Césaire, James Baldwin, Audre Lorde, Malcolm X are part of the heroes of this book filled with references. The mix between Houria Bouteldja’s personal history, her beliefs, and her academic background has been particularly fascinating for me.

         Here, she recounts History from the Indigenous point of view of which she is a representative, she talks to us about her cousin who doesn’t know who is Hitler, because the shoah or Auschwitz is not part of the main events of his own History. Our relationship with Jews is a difference, us Arabs, Berbers, Muslims. Indeed, Nazism is a crime that you bear alone, Houria Bouteldja reminds her community and Jews of the strong historical link which exists between Arabs and Jews before Zionism even existed.

        My favorite part is the one where she talks about Whites and their fear of natives, and then about the defense system created to hide the corpses, they spread around them. My preference comes, without a doubt, from the time I gained awareness about this truth through my exposure to Orientalism by Edward Saïd which fascinated me. These antibodies are named humanism, ethic, and other beautiful values advocated by some figures such as Martin Luther King as if they were not the very people who made people surrender to slavery the day before.

         She exposes her thoughts on the mechanism of creation of Whites and in the second part of the book, she addresses the question of feminism: is it consumable by natives? By which conditions? What is the link between the manhood of Muslim men and white supremacy? Shall we blame the violence of men towards women according to the context? Does defending race come before gender equality? She talks about mixed couples and our shame with regard to our culture in front of Whites.

        Houria Bouteldja has written this book to address her native brothers and sisters, but also her Jewish and White brothers and sisters. She raises the heads of her own people and notably invites the French to see in immigrants as more than an economic value for the Republic. She emphasizes the cultural and spiritual richness of the natives which could be part of the answer to the evils of our epoch and the capitalist system. To renew the links with Nature, the spiritual and to flee the « I » that kills, blinds, and stupefies. She chose optimism and hopes to see a majority being formed which advocates decolonial values ​​because the cup is full and that without justice there will be no peace, and we must choose, to be united in peace or in suffering.

        To conclude and return to the controversies aroused by the author, they are not difficult to understand and do not surprise anyone. I myself did not subscribe to the entirety of her speech and I know that I am not the only one amongst the people who loved this book. Her support for Tariq Ramadan accused of rape for example makes me want to vomit, but I also know that there is no doubt that her version of history is legitimate, it must be heard and that there are lessons to be learned from its different parts.

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